Quand utiliser le subjonctif en français ?
De façon générale, on retiendra que le subjonctif sert à présenter une action ou un état comme possibles sans certitude, contrairement à l’indicatif. Il est souvent employé dans des propositions subordonnées, en fonction du sens du verbe principal.
Quels sont les verbes qui se construisent avec le subjonctif ? L’emploi de ce mode personnel dépend-il uniquement du sens du verbe principal ? Pour commencer, qu’est-ce qu’un mode personnel ?
Un mode personnel
Le subjonctif est un mode personnel, comme l’indicatif et l’impératif, c’est-à-dire qu’on peut le conjuguer à différentes personnes (1re, 2e, 3e personnes du singulier et du pluriel).
Nota bene : en conjugaison française, on distingue trois modes personnels (indicatif, subjonctif, impératif) et trois modes impersonnels (infinitif, participe, gérondif).
À la différence de l’impératif qui n’existe qu’à la 2e personne du singuilier et du pluriel et à la 1re personne du pluriel, le subjonctif et l’indicatif peuvent être utilisés aux trois personnes du singulier et du pluriel (je, tu, il — elle — on / nous, vous, ils — elles).
Le subjonctif par rapport à l’indicatif
Le subjonctif présente une action ou un état considérés comme seulement possibles, sans certitude. Au contraire, l’indicatif sert généralement à exprimer une action ou un état considérés comme réels.
Cette distinction explique pourquoi l’indicatif est le mode le plus couramment employé et pourquoi le subjonctif est généralement obligatoire dans des propositions subordonnées qui dépendent du degré de certitude de la proposition principale.
Le subjonctif dans les propositions subordonnées
Le subjonctif est employé le plus souvent dans des propositions subordonnées. L’obligation d’avoir recours au subjonctif dans une subordonnée dépend du sens du verbe de la proposition principale.
On emploie généralement le subjonctif dans la proposition subordonnée lorsque le verbe de la principale exprime :
- un sentiment, une émotion, une crainte : Je m’étonne que tu viennes. Je crains que ton humour ne leur plaise pas.
- une volonté, un souhait : J’aimerais que tu sois à l’heure, cette fois ! Je voudrais qu’on en finisse !
- un doute, une incertitude, une possibilité ou une impossibilité : Je doute que la plaisanterie soit de son goût.
- une nécessité, une obligation : Il faut que tu lises ce roman ! J’exige que vous vous excusiez.
Le verbe « penser » constitue un cas particulier. Lorsque la proposition principale qui contient ce verbe est à la forme affirmative, le verbe de la subordonnée est conjugué à un temps de l’indicatif. Par contre, lorsque la proposition principale est à la forme négative, le verbe de la subordonnée est mis au subjonctif.
- Je pense que tu peux réussir cet examen.
- Je ne pense pas que tu puisses le faire sans mon aide.
Le subjonctif après certaines locutions conjonctives
Le sens du verbe de la principale n’est pas le seul critère d’emploi du subjonctif. Certaines locutions conjonctives, exprimant généralement le but, l’opposition, la condition ou la concession, se construisent avec un verbe au subjonctif :
- afin que, de sorte que, pour que ;
- bien que, pour autant que ;
- sans que, quoique ;
- …
Nota bene : contrairement à l’usage courant, « après que » doit être suivi de l’indicatif, non du subjonctif : Tu pourras sortir, après que tu auras fini la vaisselle.
Le subjonctif dans les propositions principales commençant par « que »
Le subjonctif employé dans une proposition principale commençant par « que » sert à exprimer un ordre : Qu’il sorte d’ici !
Le subjonctif non précédé de « que »
Les emplois du subjonctif non précédé de « que » sont rares et correspondent
soit à des expressions : Vive le latin ! Grand bien te fasse ! Le diable l’emporte ! Sauve qui peut !
soit à un style littéraire, comme dans le poème de Guillaume Apollinaire, »Le Pont Mirabeau » (Alcools, 1913):
Dans ce poème, le couplet (strophe de deux vers) qui revient entre chaque quatrain (strophe de quatre vers) commence par deux subjonctifs : « vienne » et « sonne ».
Or, ceux-ci ne sont pas précédés de « que », ce qui peut rendre difficile la reconnaissance du subjonctif. Il n’y a pourtant pas de doute possible, puisque la forme « vienne » n’existe qu’au présent du subjonctif. On comprend donc :
Que vienne la nuit, que sonne l’heure…
Ces subjonctifs participent ainsi, dans le poème d’Apollinaire, à exprimer la résignation du poète au passage du temps.
Nota bene : il y a un autre verbe au subjonctif dans ce poème, « qu’il m’en souvienne », lié au verbe principal : « faut-il » (sens d’obligation).
Par contre, le premier vers du dernier quatrain, « Passent les jours et passent les semaines », contient des verbes au présent de l’indicatif, non au subjonctif : « les jours passent, les semaines passent… »
La conjugaison du subjonctif présent
Les terminaisons des verbes au subjonctif présent sont identiques, quel que soit le groupe :
- je : -e (que je mange, que je finisse, que je vende)
- tu : -es (que tu manges, que tu finisses, que tu vendes)
- il, elle, on : -e (qu’il mange, qu’il finisse, qu’il vende)
- nous : -ions (que nous mangions, que nous finissions, que nous vendions)
- vous : -iez (que vous mangiez, que vous finissiez, que vous vendiez)
- ils, elles : -ent (qu’ils mangent, qu’ils finissent, qu’ils vendent)
Exercice d’entraînement
Indicatif ou subjonctif : sur l’excellent site du CCDMD, un exercice où vous devrez reconnaître le mode du verbe mis en valeur.
Image : inscription sur le pont Mirabeau à Paris, photo de ApollineR.
Articles liés :
Créer une adresse mail gratuite et jetable : Mailinator.com Faciliter la lecture à l’écran avec l’extension de navigateur Readable (bookmarklet)



Super!!! J’ai beaucoup aimé votre travail, il m’a beaucoup aidé. Merci, et á la prochaine.
Je vous remercie chaleureusement pour ce commentaire encourageant !
Merci.
Je suis en train d’apprendre l’italien en autodidacte. Dans cette langue on met logiquement la subordonnée au subjonctif quand la principale contient « pensare » (penser) aussi bien à la forme affirmative que négative. Du coup je me demandais ce qui en français justifiait un tel usage. Simplement une (mauvaise) habitude qui est devenue la règle, non ? À bien y réfléchir il est aussi très étonnant de mettre le subjonctif après des locutions conjonctives de type « bien que ». Les italiens le font aussi. Pourtant les propositions qui les contiennent n’expriment ni incertitude, ni souhait, ni désir, ni ordre… Mystérieux…
Autre mystère :
« Même si elle l’a quitté, il n’avait pas à se comporter ainsi » -> présent indicatif après « même si »
« Bien qu’elle l’ait quitté, il n’avait pas à se comporter ainsi » -> présent subjonctif après « bien que ».
Idem en italien avec « anche se » et « sebbene », à la place de « même si » et de « bien que » respectivement. Pourtant « même si » et « bien que » expriment exactement la même chose, non ? une circonstance atténuante (une concession comme vous dites). Quelle est la différence ? Les langues sont-elles si arbitraires que cela ?
L’ironie est que c’est en faisant de l’italien que j’ai compris pourquoi la phrase « Il est entré après que je sois sorti » est incorrecte. En italien on met même le subjonctif après « se » (notre « si »). En français cela donnerait :
« Si je vinsse en Italie, je visiterais la Tour de Pise ». Logique, puisque la proposition débutant par « si » indique une hypothèse, donc quelque chose d’incertain.
je vous en remercie il m’a beaucoup aidé